KIMPAA, la petite marque de prêt-à-porter qui monte !

Créée par deux sœurs d’origine Congolaise, KIMPAA est une marque de prêt-à-porter ambitieuse, à l’image de ses deux co-fondatrices, Christelle et Eldaa. Pour KIMPAA, les deux sœurs veulent un positionnement haut de gamme ou rien du tout. Nous avons rencontré une des co-fondatrices, Christelle. Portrait d’une audacieuse.

  • Peux-tu me parler de toi ? Qui es-tu et quelles sont tes valeurs ?
KIMPAA, en hommage à la prophétesse du royaume Kongo, Kimpa Vita

Je n’aime pas du tout parler de moi, c’est un exercice qui ne m’est pas agréable. Je préfère que les autres parlent de moi. Je suis assez pudique comme personne, et je n’aime pas dire “je suis…”, “je suis…”. Je préfère vraiment laisser le soin aux gens de dire sincèrement ce qu’ils pensent de moi et comment ils me voient.

Mes valeurs, par rapport à mon travail, je peux te dire :  l’honnêteté dans le travail, c’est une des valeurs que je prône. Du sérieux aussi, beaucoup de sérieux, de la rigueur, et puis de la transparence. Mais surtout l’honnêteté je dirai, c’est presque la principale valeur. Une autre valeur qui me tient à cœur est d’être fidèle à soi-même, que ce soit dans le cadre professionnel ou personnel.

  • Tu es styliste. Comment es-tu arrivée dans le monde de la mode ?

 

Christelle et Eldaa lors du final d’un de leurs défilés à Paris – © E.P . Photografia

Tout d’abord j’aimerais rappeler que nous sommes deux à porter ce projet, ma sœur Eldaa et moi-même.

Je ne dirais pas que je suis tombée dans le monde de la mode, je suis née dedans. Je suis issue d’une famille de couturiers, car chez nous tout le monde coud.

Aussi bien du côté de mon père que de ma mère. Et puis la mode chez nous, ça fait vraiment partie de la culture congolaise. On aime la mode. C’est donc véritablement un milieu dans lequel j’ai grandi.

Lorsque j’ai commencé à travailler (dans l’agroalimentaire, ndlr), ce que je faisais ne me passionnait plus. A côté de mon activité professionnelle, je cousais alors de plus en plus et je me suis nourrie de cette passion jusqu’à ce que je me dise un jour que je voulais en faire mon métier. C’était une première dans ma famille, puisque personne n’en avait jamais fait un métier.

  • Quel a été le déclic pour toi ?

C’était il y a plusieurs années, à la naissance de ma nièce. Avant je cousais, mais c’était des petites bricoles, des petites retouches, des petits ourlets. Et quand elle est née il y a 10 ans, je voulais lui offrir un cadeau original (c’était à l’époque où le wax n’était pas aussi tendance que maintenant). Je lui avais fait une très belle robe et en fin de compte, j’avais craqué sur la robe ! Elle était tellement belle et lui allait si bien que je me suis dit “Je tiens quelque chose là qui me plaît et dont j’aimerais faire mon métier”.

J’ai juste voulu faire de ma passion mon métier ! Et lorsque ma sœur et moi sommes arrivées à Paris, on s’est dit qu’on allait se lancer dans ce projet ensemble, puisque Paris est la capitale de la mode !

  • Qu’expriment vos collections ? Quelle est l’empreinte de votre marque ?
© Nathan ROBIN

Il faut savoir qu’on a deux marques : la marque KIMPAA et la marque LA SAISON DES MÔMES pour les enfants. KIMPAA c’était exclusivement du prêt-à-porter féminin, mais nous nous sommes adaptées à la demande et sommes capables de proposer du prêt-à-porter masculin maintenant. Pour le moment, nous concevons une collection par an. C’est encore une jeune marque, alors on ne peut pas se permettre de faire plusieurs collections comme le font d’autres : printemps/été, automne/hiver. Nous sortons une collection, puis durant l’année nous faisons des collections “capsules” : il s’agit de confectionner 2 ou 3 pièces pour montrer des nouveautés qui s’inscrivent dans les tendances. Par exemple, on est en plein été, il y a des collections été qui sont sorties, et bien nous en profitions pour sortir 2 ou 3 modèles.

Pour le moment, chez les enfants c’est beaucoup d’accessoires. Très bientôt nous nous lancerons dans le prêt-à-porter également.

  • Quelles histoires racontent vos tenues ?
A gauche la robe masque Bantou
A droite un haut homme reprenant le masque Bantou
© Nathan ROBIN

Nous nous inspirons du monde qui nous entoure.

Dans la nature par exemple, quand je vois un arbre, je ne me contente pas de l’observer, je vois en lui toutes les formes, les perspectives que tout le monde ne voit pas forcément et qui vont m’inspirer !

L’arbre va m’inspirer tout comme je peux être inspirée par des objets, des présences qui paraissent anodines pour beaucoup de personnes. A travers l’arbre je vais voir du volume, des feuilles, alors je me dis que ce serait intéressant d’exploiter ces formes dans une prochaine création. C’est ce qui rend aussi la culture congolaise (et africaine en général) forte : elle s’inspire et détourne, créant elle-même de l’inspiration pour d’autres !

Nos créations portent d’ailleurs dans leurs noms les origines de nos inspirations : robe Bantou, robe masque Bantou ou encore combinaison Awa.

En un mot, je dirais que c’est l’Afrique qui nourrit une grande part de notre créativité !

  • Qu’est-ce qui te plaît dans ton activité ?
Christelle dans son atelier

La partie création, confection et la transmission de ma passion. J’aime beaucoup coudre et transmettre ce que je sais faire. En plus de mes activités de designer, je donne à côté des cours de couture. J’aime avoir des élèves qui arrivent ne sachant pas coudre un bouton, et en ressortent capables de confectionner une veste. C’est ce qui me passionne. Créer et partager, transmettre.

  • Travailles-tu essentiellement seule ou collabores-tu avec d’autres personnes (mise à part ta sœur) ou marques ?

Je travaille avant tout avec ma sœur, puisque nous avons créé cette marque ensemble. Ensuite, nous avons plusieurs collaborateurs, déjà pour les photos. On a un collaborateur qui s’occupe de l’identité visuelle de la marque KIMPAA. Le logo, le site internet, les images, les photos. C’est en partie grâce à lui que nous avons atteint notre objectif : dégager l’image haut de gamme de la marque.

On s’entoure aussi d’une équipe communication et marketing. C’est important pour faire avancer le projet. A deux, ce serait plus compliqué.

  • L’émission « Cousu main » à laquelle tu as participé
    il y a 3 ans a-t-elle été un tremplin ? As-tu gardé des
    contacts avec lesquels tu collabores aujourd’hui ?

Tremplin, peut-être pas, mais grâce à l’émission, j’ai de belles collaborations dont une avec Singer, qui est un partenaire aujourd’hui. Le fait d’être apparue à la télévision a contribué un peu à ma petite notoriété personnelle puisque grâce à cela, les gens me voient, me reconnaissent, et cela facilite ma communication pour les ateliers de couture que je donne. Les inscriptions se font peut-être plus facilement disons. Dans une certaine mesure, ça m’a aidée, oui, mais c’est le passé, et le plus important c’est le travail que nous fournissons tous les jours maintenant !

  • Où peut-on trouver vos créations ?

D’une part sur internet sur notre site marchand (shop.kimpaa.com) mais aussi par le biais de ventes éphémères que nous réalisons.

Nous avons aussi lancé un nouveau concept : l’Atelier KIMPAA. Le but sera de présenter les créations KIMPAA et puis pendant cet atelier, pendant les 15 jours, les créatrices de la marque seront présentes pour recevoir et conseiller les clients. Nous proposerons aussi du conseil en image et des ateliers de couture. Nous voulons organiser des stages de couture pour apprendre à chacun à réaliser ses propres vêtements en une semaine seulement. Il y aura un coin thé où on échangera avec le public. C’est vraiment cette ambiance là qu’on veut installer dans les boutiques où nous seront. Le 1er Atelier KIMPAA  a eu lieu du 25 juin au 8 juillet et le prochain aura lieu du 3 au 9 Septembre au 10, rue Béranger dans le 3éme, à l’Espace Béranger.

  • Quelle place prend l’activité dans ta vie ? Arrives-tu à faire une coupure quand tu rentres chez toi ?
© Nathan ROBIN

Je ne sais pas faire de coupure ! Je suis tout le temps en train de travailler dans ma tête, c’est ça le problème. Je coupe quand je dors. Même mes parents me reprochent de travailler tout le temps ! Mais quand on est son propre boss c’est souvent ce qui arrive.

Nous n’avons pas les avantages des salariés qui lorsqu’ils ne sont pas là, auront une personne qui va faire le backup et les remplacer sur leurs dossiers. Nous n’avons pas non plus les inconvénients des salariés, nous faisons tout nous-mêmes parce que nous avons des impératifs, et c’est ainsi qu’on apprend aussi. Et surtout on travaille par passion !

Un client qui va passer sa commande ne se préoccupe pas de savoir si vous êtes de repos ou pas. Si vous annoncez 10 jours de délai de livraison, il faut les respecter et livrer dans les 10 jours. Alors souvent nous travaillons les samedis, des dimanches, les jours fériés, car si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place !

Nous cultivons donc de fait la polyvalence : être à la production, répondre aux emails, etc. Si onreçoit un mail le 20 du mois et on y répond le 30, les clients diront « elles sont très lentes à répondre ». Etre à son compte c’est aussi savoir travailler sans compter.

  • Quels messages tu souhaites faire passer aux jeunes filles/femmes comme toi qui veulent se lancer dans cette profession ?

Premièrement, je dirais qu’il faut savoir pourquoi vous voulez vous lancer. Définissez clairement votre vision.
Ensuite, commencez les premières activités sans trop attendre. Si vous attendez d’être prêt à 100%, vous ne vous lancerez jamais, vous perdrez en motivation car plus on attend plus on voit les obstacles qui sont autant d’excuses pour ne pas commencer.
Quand nous nous sommes lancées, nous n’avions pas encore le nom de la marque, nous ne connaissions pas encore les supports qu’il fallait utiliser, quelles matières utiliser, quel style proposer.
Enfin, je conseillerais de vraiment faire son étude de marché pour savoir ce qui pourrait marcher ou pas, la cible, les prix, comment se positionner, bref, toutes les questions préalables pour vérifier la viabilité du projet, et seulement après cela…foncez !

  • Quels sont vos projets en cours et futurs ?
© Nathan ROBIN

J’anime plusieurs ateliers chez Singer, des ateliers de patronage au Showroom 14Février, puis dans notre atelier qui sera à l’espace Béranger. Le prochain événement sera pour les ventes de Noël, parce que c’est une période de forte activité commerciale. Nous prévoyons aussi un défilé aux alentours du mois de Février 2019. Nous recherchons actuellement un lieu pour héberger notre évènement.

Nous ne souhaitons pas organiser ce défilé dans n’importe quel lieu ou en nous associant avec n’importe qui. Nous voulons renvoyer une certaine image et souhaitons nous donner les moyens d’atteindre cet idéal.

Donc on veut être dans des espaces, avoir des collaborations, des partenariats qui vont coller avec l’image de marque de KIMPAA. Notre but, c’est de nous positionner comme des enseignes telles que Sandro ou Céline. On y travaille pour. On passe à côté de très belles collaborations, je ne vais pas vous le cacher. Mais on se dit que ce n’est pas grave. On a eu des célébrités qui nous ont contactées pour les habiller pour des événements, mais l’événement ne nous convenait pas, donc nous avons refusé. Si on se met à dire oui à tout et tout le monde, nous perdrons l’identité que nous voulons pour notre marque. Et on ne veut pas de ça.

Si vous m’appelez pour que j’intervienne en mon nom, Christelle Bahezi, je le ferai volontiers. Mais si vous m’appelez pour associer ma marque, KIMPAA, à un évènement, je vous demanderai toujours : « Est-ce que pour votre événement vous verriez Sandro ? Non ? Alors on ne vient pas ! »

On n’est pas encore Sandro, mais on veut devenir comme Sandro, en termes de positionnement !

  • Quelles sont vos difficultés et vos besoins aujourd’hui ?
© Nathan ROBIN

La difficulté qu’on a toujours eue au début, c’est une difficulté commune à tous les créateurs, elle est souvent financière. Il faut savoir que dans la mode, quand on se lance, les organismes de financement ne sont pas très prêteurs. Ils considèrent que « les jeunes créateurs manquent un peu de sérieux ». Pour eux, pour que le projet soit viable, il faut avoir fait ses preuves pendant au moins 3 ans. Et il faut proposer à peu près 1 à 2 collections par an.

C’est d’ailleurs ce qui nous a poussé à donner des cours de couture à côté, car quand on lance une société, que l’on vende ou pas, on a des charges à payer. Donc pas de cadeau !

L’autre problème est qu’en France, on achète difficilement ce qu’on ne connaît pas !

Je veux dire par là que pour une marque connue, les gens seront prêts à mettre 300 euros. Pour une marque peu connue comme la nôtre, c’est plus difficile. Même si KIMPAA fait des vêtements de très bonne qualité et fabriqués en France, la marque n’est pas encore connue. C’est pour cela que notre travail derrière est de faire connaître la marque, mettre le paquet sur la communication. D’autant plus que la concurrence est rude sur le commerce en ligne.

L’autre difficulté, mais qu’on a réussi à résoudre, c’est l’organisation. Je suis de nature désorganisée. Mais dans le business il faut bannir ces mauvaises habitudes. Sans planification, pas d’organisation, et c’est l’échec assuré. Nous avons donc appris à le faire. Et maintenant ça marche mieux !

  • Un mot de fin ?
© Nathan ROBIN

J’encourage sincèrement les personnes qui veulent se lancer. Mais n’y allez pas sans une bonne étude de marché. Et si possible se constituer un capital avant le démarrage. Parce qu’au départ, une entreprise est un gouffre financier. Les dépenses sont importantes. C’est difficile de vendre dans notre industrie quand on n’est pas connu. Mais c’est à vous de vous faire connaître. Et pour vous faire connaître, il faut investir dans la communication, créer des événements, inviter du monde pour que l’on parle de votre activité, de votre marque. C’est comme ça qu’on y arrive, en prenant les bonnes décisions et par petits pas.

Campagne 2017

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