Dans cette nouvelle interview, Tercielle a rencontré Yéza Lucas, consultante en communication digitale freelance. D’abord salariée et maintenant entrepreneure, les leçons tirées de ses expériences passées l’aident aujourd’hui à se positionner comme une professionnelle hors pair, affirmant ses valeurs et sa personnalité. Le digital est certes son outil, mais l’humain reste sa matière première.

PRESENTATION

  • Que doit-on retenir de toi, de tes valeurs, de tes activités et de ce qui t’anime ?
Yéza au boulot, décontractée et pleine d’assurance !
© Florent CORCOS

Je suis une jeune fille de 27 ans, entrepreneure et plus précisément consultante en communication digitale. Ma mission ? Valoriser la présence digitale de projets à fort impact social et environnemental. Lancée depuis huit mois, je me surprends à devenir slasheuse, en développant en parallèle une activité de coaching en Personal Branding* (valoriser sa marque personnelle pour se démarquer). L’indépendance est la plus importante de mes valeurs entrepreneuriales, au delà même de la réussite financière. J’ai fait le choix de me lancer en tant qu’indépendante pour être mon propre patron et ne plus avoir à rendre de compte, et c’est ce qui me correspond aujourd’hui ! Mon activité me procure ainsi une flexibilité qui me permet de prendre des cours de chant en journée et d’aller plusieurs fois par semaine suivre des cours d’aïkido. Je peux également travailler à distance depuis une autre ville et ça, ça n’a pas de prix pour moi. Une autre valeur qui me tient à cœur est l’équité : je peux en effet envisager de travailler avec des clients au faible budget mais à condition que la charge de travail demandée soit en adéquation avec le budget en question.

Ce qui m’anime ? L’envie de voir des entrepreneurs réussir grâce à la valorisation de leur singularité et de leur authenticité. Mes coachings leur permettent de se recentrer sur eux et sur la manière dont ils peuvent raconter leur histoire avec émotion.

LANCEMENT

  • Tu es entrepreneure aujourd’hui, qu’est-ce qui t’a amenée à créer ton entreprise ?
Yéza LUCAS
© EVER

Pendant longtemps je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie, mais je cherchais à me rassurer en rentrant dans une norme.  Je ne cherchais pas à m’écouter ni savoir ce que je voulais faire de ma vie. Je voulais juste avoir un job. Une fois en poste, je me suis rendue compte que mes missions n’avaient pas de sens, qu’il n’y avait pas de considération pour ma personne, ni en termes de salaire ni en termes de reconnaissance. Ce qu’on me demandait me paraissait absurde. Je me suis dit qu’il était temps de m’écouter pour m’épanouir en m’orientant vers quelque chose qui me donnerait envie de me lever le matin (phrase clichée). J’ai donc pris la décision de quitter cet emploi et me lancer dans le grand bain de l’entrepreneuriat !

  • Comment as-tu préparé ton lancement dans l’entrepreneuriat ?

Je me suis officiellement lancée fin Juillet 2017. Mais je m’étais préparée en amont, en développant mon réseau dans un premier temps. J’ai également rencontré des professionnels de la communication digitale pour m’inspirer de leur expérience de freelance, connaitre leur quotidien et leur réalité financière. J’ai ensuite suivi une formation pour me lancer dans l’entrepreneuriat avec LiveMentor dont la communauté d’élèves bienveillants m’a beaucoup appris. J’ai à mon tour décidé d’aider la communauté en lançant une dynamique d’afterworks mensuels. C’est aujourd’hui une communauté qui fait partie de mon réseau que je peux mobiliser à tout moment.

  • T’es-tu déjà sentie seule dans cette aventure ?
Groupe Facebook de la communauté des Freelances dans l’ESS et le Développement Durable, créé par Yéza

Je ne me suis jamais sentie seule car j’ai toujours eu la communauté LiveMentor à mes côtés. Et en plus de cela, j’ai créé ma propre communauté de freelances dans l’ESS** et le développement durable. J’ai co-créé cette communauté il y a 6 mois et aujourd’hui nous sommes près de 600. Chaque mois nous organisons un FreeDrink (apéro). L’objectif est l’entraide, le partage et le réseautage. J’anime la communauté de manière quotidienne. Il m’arrive également de faire des vidéos de réponse à des questions entrepreneuriales posées par des membres de la communauté.

Un groupe d’entraide entre Freelances et futurs Freelances

ACTIVITÉ

  • A quel(s) besoin(s) répondent tes activités ? Comment te valorises-tu par ton travail aujourd’hui ?

Aujourd’hui je me définis comme Consultante en communication digitale et Coach en Personal Branding. Le fait d’être consultante m’apporte une plus-value par rapport à un exécutant. En termes de besoin, je valorise les entrepreneurs de l’ESS sur le web et les réseaux sociaux. Par ailleurs, mes activités de coaching entrepreneurial me permettent d’accompagner des entrepreneurs avec un besoin en particulier (comment bien pitcher, développer sa présence sur les réseaux). Je m’adapte au rythme et aux besoins de l’entrepreneur en lui proposant un programme adapté à son rythme et à son budget. L’objectif de mes coachings est de permettre à mes clients de devenir autonomes et surtout d’apprendre à se valoriser en tant que personne, au-delà de leur produit ou service.

Beaucoup d’entrepreneurs pensent à tort qu’il faut mettre son produit en avant, alors que pour se démarquer, il faut se mettre en avant, parler de soi, montrer l’humain que nous sommes.

C’est cette stratégie Personnal Branding que j’applique à moi même qui m’a permis de ne jamais avoir eu à démarcher de clients en huit mois.

  • Pourquoi avoir choisi l’ESS ? Une appétence personnelle ou cela était-il ancré dans tes valeurs, ton éducation ?

 J’ai des parents professeurs, d’une sensibilité de gauche. L’entrepreneuriat n’est pas vraiment ancré dans la culture familiale. Mais c’est mon parcours et mes rencontres qui m’ont amenée à côtoyer ce milieu en rencontrant des startups sociales et des entrepreneurs du changement.

  • Quelles activités te prennent le plus de temps aujourd’hui (prospection, autre…) ?

40% de mon temps est alloué à mon Personal Branding, c’est-à-dire, le développement de ma marque personnelle. J’écris des articles assez régulièrement (toutes les deux semaines), j’envoie également une newsletter mensuelle auprès d’une audience qualifiée et je communique énormément sur ma vie entrepreneuriale sur les réseaux sociaux. Je réalise des interviews d’entrepreneurs publiés à fréquence hebdomadaire. Je propose aussi régulièrement des articles invités à des  journaux spécialisés (Maddyness, Frenchweb) à grosse audience, pour booster ma visibilité par le référencement naturel. Grâce à ces différentes activités, je valorise ma présence sur les réseaux sociaux. Ce temps est important pour moi car c’est grâce à ces différentes actions que je génère un flux de prospects sans démarcher. L’administratif me prend peu de temps car en tant qu’auto-entrepreneur je n’ai pas grand-chose à gérer.

STRATEGIE

  • Travailles-tu essentiellement seule ou collabores-tu avec d’autres personnes ?

Il arrive que les clients fassent appel à plusieurs freelances, et je me retrouve parfois à collaborer, non pas avec le client lui-même, mais avec l’équipe qu’il a montée. Ensuite, de mon côté j’ai des projets personnels qui me permettent de collaborer avec d’autres freelances, grâce notamment au collectif de Community Managers (CM for Good) que j’ai créé, pour monter en compétence.

Une réunion Skype entre membres du collectif des Community Managers (CM for Good), créé par Yéza.

J’ai également développé des partenariats avec des freelances pratiquant d’autres activités (graphiste, vidéaste, consultant en image, consultant SEO). Par exemple si j’obtiens une mission sur laquelle je ne me sens pas à l’aise parce que ce n’est pas mon domaine, je sais que je peux mobiliser mon réseau de freelances avec qui on s’échange des missions.

  • Et pour trouver ta clientèle aujourd’hui, comment t’y prends-tu, mis à part via ton Personnal Branding ?

J’utilise une application qui s’appelle Shapr, un mix entre Linkedin et Tinder. L’idée est de matcher avec des personnes qui ont des intérêts convergents. On se voit, on prend un café, et un contrat peut déboucher par la suite. Même si aucune mission ne débouche du rendez-vous, ce n’est pas un problème. L’idée est qu’une nouvelle personne m’identifie et m’intègre dans son réseau (et réciproquement). Sinon pour le reste, le travail que j’entreprends sur ma présence digitale est celui qui me ramène l’essentiel de mes clients !

SUCCES

  • Qu’est-ce qui t’a récemment étonnée sur ton activité ?

Le fait de pouvoir être publiée « aussi facilement » dans de gros magazines. C’est bon pour l’estime de soi d’être publiée dans ces grandes références du monde du digital. Autre bonne surprise, j’ai compris comment gagner de l’argent en entreprenant. Parler d’argent est encore tabou chez beaucoup de freelances mais aujourd’hui, j’ai compris comment réussir une négociation commerciale. Et même si ça peut paraître provocant, l’ESS et l’argent ne sont pas incompatibles. D’ailleurs travailler de façon éthique, ce n’est pas travailler et se faire sous payer mais se faire payer à sa juste valeur. Aujourd’hui, j’arrive à déceler dans le discours d’une personne si elle a de l’argent ou pas pour faire une bonne proposition commerciale, c’est-à-dire adaptée à son budget. Il faut donc développer beaucoup de compétences humaines et avoir un bon sens du relationnel pour être un bon entrepreneur.

  • Quel a été ton succès le plus waouuuh! récemment ? Et les plus belles rencontres que tu aies faites ?

Mes succès sont divers. Mon plus gros succès en termes de visibilité est pour le moment mes publications dans la presse entrepreneuriale. C’est très valorisant pour ma notoriété. Mon plus gros challenge réalisé : animer un atelier collectif de deux heures. J’avais peur de ne pas tenir et pourtant je l’ai fait. Les retours des participants m’ont prouvée que je pouvais y arriver ! Mes plus belles rencontres entrepreneuriales ? Les personnes qui m’ont aidée à mes débuts, les personnes qui évoluent dans mon secteur d’activité, et les membres de mes communautés. La formation LiveMentor m’a beaucoup apporté aussi en termes de rencontres humaines et entrepreneuriales. J’ai même fait une rencontre dans le train d’un mec qui m’a dit de toujours relancer les gens. Il m’a donné plein de petits conseils précieux que j’ai mis en pratique aujourd’hui et qui marchent ! Je suis aussi membre de l’association « Labyrinthe », qui est un collectif de prospective sur la société de demain. Je suis Vice-Présidente de ce collectif depuis peu.

Yéza est membre de l’équipe Labyrinthe

Labyrinthe est un laboratoire d’expérimentation, complémentaire à mon activité professionnelle, où je peux tester de nouvelles pratiques, notamment sur le community management et la rédaction.

 

CONSEILS

  • En tant que jeune femme entrepreneure qui a sauté le pas, quel message souhaites-tu faire passer aux jeunes femmes comme toi qui voudraient peut-être entreprendre ?

Je me suis lancée dans l’entrepreneuriat non parce que c’était une vocation mais une évidence, dans le sens où je n’arrivais pas à rentrer dans les cases (aller tous les jours au même endroit, faire les mêmes tâches répétitives). Pour moi les horaires de bureau c’est la prison. Si je devais donner un premier conseil, je dirais qu’il faut d’abord commencer par cultiver son réseau avant de se lancer. Il faut également trouver un positionnement et sortir du lot grâce à sa singularité. Des community managers, il y en a plein sur le marché. Ce qui fait que je me démarque, ce ne sont pas mes compétences ; je me démarque avec ma personnalité, mon histoire et mes valeurs : c’est ça qui fait qu’on me veut moi et pas un autre. Dans l’entrepreneuriat, c’est important de se créer sa marque personnelle pour se démarquer.

En tant que femme de 27 ans (femme + jeune + petite), je suis obligée d’être ferme parce que sinon on ne me prend pas au sérieux. J’ai donc appris à affirmer mes prix et mes compétences pour ne pas me laisser marcher dessus. Il ne faut pas casser ses prix, d’une part, parce qu’il y aura toujours moins cher que vous, et ensuite parce que votre estime de vous va drastiquement baisser avec une telle stratégie.

Il faut également garder en tête qu’aujourd’hui, dans une grande ville comme Paris, les loyers sont extrêmement élevés, et qu’il faut réussir à bien vivre et non survivre ! Mais la bonne nouvelle est que l’entrepreneuriat est un secteur où l’on peut vraiment bien gagner sa vie si on met en place les bonnes méthodes. Il y a évidemment plus de risques c’est vrai : on ne cotise pas pour le chômage ou la retraite et lorsqu’on cherche un appartement, c’est plus difficile d’être crédible. Mais à côté de ça, on fait preuve de plus de créativité, on peut plus vite monter en compétences car on est sans cesse confronté à de nouveaux challenges, et c’est un milieu où il n’y a pas de barrière.  Donc foncez les filles !

PERSPECTIVES

  • De quoi aurais-tu besoin pour aller encore plus loin ?

Je dois sans cesse continuer à développer ma visibilité, à savoir continuer à me faire publier dans des magazines, intervenir lors d’événements et conférences. Je dois également trouver des missions stables et pérennes pour automatiser certaines sources de revenus. Ce sont mes différents projets parallèles (ma communauté de freelances, mon collectif de community managers) qui me permettent de créer de nouvelles opportunités pour mon activité. J’ai donc besoin de continuer à développer des projets et créer des communautés pour aller plus loin !

  • Et demain ? En bref, quels sont tes projets futurs ?
Yéza, déjà tournée vers l’avenir !
© by EVER

Continuer à développer mon collectif de Community Managers et continuer à développer mon activité de coach en personal branding, et pourquoi pas en proposant des cours en ligne à terme ! En tant que communicante, vous pouvez suivre mes aventures et me contacter sur les réseaux sociaux où je suis présente et active : Linkedin Facebook, Twitter, Instagram. Vous pouvez également jeter un œil sur mon travail sur mon site internet !


*Personal Branding : Valoriser sa personne sur les réseaux sociaux en partant du principe que le succès de son entreprise est étroitement lié à sa réputation sur le web. Une manière de faire de sa personne une marque à part entière. C’est aussi une manière de se livrer, parler de ses valeurs, de qui on est.
**ESS : Economie Sociale et Solidaire – Ensemble des entreprises qui ont un projet tourné vers l’utilité sociale, l’éthique ou la mobilisation citoyenne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *